Photographies
Portfolios
   

Traces

Mis-à-jour le 30-01-10 23:31

 
Traces
 
La poétique des images captée par l’objectif photographique de Haris Diamantidis est due au temps piégé en elles. Il ne s’agit pas de la représentation d’un instant, d’un événement ou d’un objet. Des couches successives d’actions, de mots, de couleurs, d’événements et de personnes composent la matière du temps immatériel, créant un lieu d’accueil des représentations successives, une surface de projection des suites temporelles. Ce sont les Traces des particules d’énergie en mouvement, c’est la poétique du temps vécu, de la condition de vie en transformation, du temps fluide qui s’est cristallisé comme une empreinte multiple dans le cadre de l’image.
L’absence fait partie de la présence, présence chargée de toutes les traces laissées par un nombre infini d’absences diverses résultant de toutes les actions occasionnées. La Trace indique la continuité et la modification du temps, elle est son expression dans l’espace, elle est l’empreinte de la matière en mouvement; c’est l’unique instant qui ne s’intéresse pas à la permanence, à l’éternité, à la stabilité et à l’immobilité. Les Traces sont les intensités des actions temporelles et spatiales. Installées en nous-mêmes, elles nous génèrent de la nostalgie pour ce qui est absent, de la jouissance des images en transformation, de la dynamique de la vie même.
Expériences et différences se combinent pour produire une jouissance bio-esthétique à partir d’éléments incomplets qui laissent libre cours à l’interprétation de chaque spectateur. La Trace est la combinaison de l’expérience et de la différence; elle est ce qui contient de la matière et du sens, ce qui ne différencie pas le signifié du signifiant. La Trace se modifie dans ce monde de signaux successifs, son sens dépend d’autres traces, dépend du «jeu des différences». Une «époque» se projette sur la surface que capte et expose ici Haris Diamantidis.
La différence chromatique n’est pas choisie du fait d’une attention rhétorique du photographe, mais par son désir de représenter la matérialité des «époques». Dans cette matérialité, la couleur prédomine avec ses qualités psychologiques qui caractérisent le créateur et le lecteur de l’image, l'émetteur et le récepteur des signaux qui sont piégés mais qui simultanément glissent en dehors de la surface de leur projection.
Des intensités chromatiques, traces d’énergie d’une époque créative me lient avec l’auteur de ces images. Idées, sons, actions et instants se combinent dans une archi-trace imaginaire qui n’a pas encore trouvé son support matériel. Peut-être dans un autre temps.

Kyriaki TSOUKALA - Octobre 2009

In-habitations

Mis-à-jour le 30-01-10 23:14

 
In-habitations
 
La deuxième guerre mondiale, suivie d’une fratricide et douloureuse guerre civile, a laissé la Grèce dans un état économique désastreux. Ceci a provoqué un très important mouvement migratoire vers les pays qui pouvaient encore offrir, à ce moment, des possibilités de travail, comme les Etats Unis d’Amérique et l’Australie. Ce mouvement migratoire a commencé au début des années 50 et a duré jusqu’au milieu des années 60. Des familles et parfois des villages entiers sont partis pour aller s’installer à des dizaines de milliers de kilomètres de leur lieu d’origine, en emportant avec eux que le strict minimum nécessaire pour effectuer le voyage. L’éloignement de ces pays d’accueil a eu comme corolaire, pour une grande partie de ces familles, l’abandon définitif de leurs maisons avec tout ce qu’elles contenaient. Ces maisons inhabitées, à moitié ou parfois complètement effondrées, hantent encore aujourd’hui les villages des campagnes et des îles grecques.

Probablement sensibilisé par mon propre expérience de l’émigration et surtout par celle de mes parents, je me suis intéressé ces dernières années à rendre compte de ce mouvement migratoire en photographiant ces maisons abandonnées. Je tente ainsi de faire un travail sur l’usure, la mémoire, l’usure de la mémoire, l’abandon, les traces de vie et la mort.

Sous les toits effondrés, des lambeaux d’une vie abandonnée nous interpellent et nous interrogent. En entrant dans ces lieux, on est submergé par la violence de la destruction due au temps et l’abandon et en même temps par la quiétude morbide et le silence du vide. Des habits mités pendent dans les armoires éventrées et sur les murs décrépis, des photos jaunies balancent dans des cadres brisés, des ustensiles rouillés sont dispersés dans des tiroirs béants, des objets de valeur dévalorisés, des restes fanés d’une cérémonie de mariage ou de baptême, des souvenirs qui ne rappellent plus rien à personne.

Cependant cette absence est loquace. Les images d’abandon d’aujourd’hui reflètent celle de la vie quotidienne du passé.

Haris Diamantidis - Mai 2009

Dialogues

Mis-à-jour le 30-01-10 22:57

 
Dialogues
 
Cela relève du mystère, parfois.
Comment une femme blonde à talons hauts peut-elle, devant des soldats même pas médusés, se transformer en prêtre barbu ? Et comment des chaises toutes occupées par des hommes et des femmes d’âge mûr peuvent-elles se vider en un clin d’œil, qui plus est devant un autre mur ? Et comment une foule d’autres chaises en pagaille sur une plage peuvent-elles soudain n’être plus que trois, posées en trèfle impeccable, tandis qu’un bateau, surgi d’on ne sait où, trace un sillage rectiligne ?
Voilà qui relève du tour de passe-passe. On en vient à comprendre que le monde suit un mouvement perpétuel, qu’il recommence toujours sa tâche et ne cesse de se modifier sans rien perdre de sa substance. Deux photos juxtaposées, pourtant, ce n’est pas tout à fait une histoire. Ou c’en est le début seulement. À moins que, peut-être, on ait devant soi le commencement et la fin d’un récit dont le milieu appartiendrait à l’imagination du spectateur…
On ne sait pas. D’ailleurs, le travail de Haris Diamantidis n’est pas didactique ni édifiant. Les images parlent d’elles-mêmes. Elles s’entretiennent. L’une se présente et interroge. L’autre lui répond, et sa réponse est toujours surprenante, comme si la vie, jamais, ne ménageait ses sujets. Le décor peut changer. Le pays aussi. L’habillement, les coutumes, les religions, les langues, la lumière, tout se modifie. Mais il y a une constante : l’homme.
Car l’homme – et la femme, bien entendu – est omniprésent dans les «Dialogues» de Haris Diamantidis. C’est lui qui demeure le sujet. Solennel ou décontracté, élégant ou négligé, immobile ou en mouvement, l’homme demeure au cœur de l’intérêt du photographe. Un homme qui dialogue avec lui-même ou qui dialogue avec le monde qui l’entoure.
À son tour, le spectateur est interpellé. Saura-t-il répondre ?

Gilles Decorvet

Page 1 de 1
Aller à: